Je pourrais être un donneur d’ordre, un moraliste, un fabuliste. Je saurais être un simple johannite, un triste janséniste, un tatillon besognant. Ou même un interrogateur, un archiveur, un avaleur de mots.
Mais je n’ai pas d’enseignements à divulguer ni de réponses à proposer ni de récitations à présenter. Je recherche, et recherche avant tout, des questions : mes questions. Je les assimile lentement dans ma réflexion, je les propose à une méditation sincère, je les livre à des recoupements d’auteurs. Et c’est tout le temps de polir une plaque de laiton ou de cuivre parfaitement que chacune de mes questions attend de devenir propre, soit digne d’une réponse.
Car chaque question s’exprime dans une langue particulière, la langue de celui – de celle qui la pose, une langue où les mots s’enferrent dans un sens culturel, un sens habituel, un pré-sens implicite. Déshabiller les mots de leurs sens évidents reformule le sens de la question toute entière. Et la question devient enfin un questionnement clair, éclairé, éclairant.
Car chaque question s’exprime dans un contexte qu’il faut définir et souvent, le contexte enfin éclairé, la question s’efface comme une ombre à la lumière et éclaire le questionnement en retour. Et la réflexion reprend comme une lumière dans un miroir.
Car chaque question s’exprime dans le cadre plus large d’une intention, une intention toujours avide d’une réponse tant espérée, en secret. L’intention enfin mise à jour, les réponses redeviennent libres et se désenchaînent des carcans imposés. Alors le questionnement s’illumine pour tous et pour toutes dans son non-sens ou dans sa laideur ou dans sa splendeur.
Alors, à mes questions, je compte les mots, j’efface l’inutile, je parfais les articulations, je me détache de mes réponses, je me délie de mes a-priori. Et lorsque, comme cheminant d’évidence en beauté, la question ni ne s’éclaire ni ne s’efface ni ne sourit alors je cherche mes réponses.
Les miennes, à toujours : comment pourrais-je atteindre les réponses d’un autre, d’une autre ? Cet autre, à jamais inconnu : dans son contexte, dans son intention, dans sa langue.
Alors, les miennes.