Idéalisation

Je recherche la perfection. C’est d’abord l’expression de la responsabilité, de sa responsabilité : individuelle. Je recherche la perfection et c’est d’abord la mienne. La moindre des choses est de se montrer à la hauteur. Je recherche la perfection, c’est une question de responsabilité, de la mienne. Elle se travaille, elle ne s’ajuste pas. C’est au corps tout entier de se mouvoir pour enfiler ce vêtement neuf.

Car c’est du Nietzsche1, pour l’exigence, pour l’ascèse mentale, pour la carnation des principes moraux devenue un pétrissage de chair, pour n’en retenir que les os et des bacs blancs d’acier où fermentent des graisses, c’est l’assise de la morale inscrite à jamais dans le corps, dans un univers dont on ne sait s’il est fermé mais dans une conscience aiguë de sa propre finitude ;

Car c’est du Hans Jonas2, pour l’éthique de sa responsabilité, pour son exactitude à former du futur, dans sa volonté à préformer du futur, mais du futur pour les autres, c’est de l’empathie trempée dans du jus de rationnellement juste, ayant sans cesse au cœur l’éclosion d’un monde vivant dans sa propre suite et dans la conscience de sa propre suite ;

Car c’est de l’Anaximandre de Millet, pour son inscription dans le temps au sens de la création inscrite en permanence dans le présent, seul être véritablement vivant, et de sentir la force originelle puisée en elle à chaque instant les fruits de sa créativité, dans la conscience individuelle d’appartenance à un tout .

Cumulés, ces points complémentaires forgent une quatrième idée plus vaste, plus vraie, plus forte. La responsabilité dans un univers ouvert, à la co-création permanente, au présent intemporel, à la re-manifestation de l’impermanence, à l’événementiel total.

Atteint, ce niveau permet enfin de se dégager de tout référentiel moral, de se désenchaîner des préceptes des autres, de se libérer même de l’empathie enfin remplacée par la conscience d’appartenance à un tout. Ah ! Qu’il fasse que l’émotion s’efface devant l’amour. Ah ! Qu’il fasse que l’altérité s’efface devant l’unité.

Ah ! Qu’il fasse que l’être responsable puisse déclarer au monde : « A l’autre : comme à moi-même » car libéré des préceptes surnuméraires, des dogmes extérieurs, de la Loi du temps, pouvant enfin faire face à la Source dans une lumière enfin intérieure qui illumine le tout :
car advenant et advenant sans cesse par là même, advenant le co créateur de son monde dans une démarche rationnelle – exactement, dans une démarche esthétique – idéalement, dans une démarche amoureuse – divinement.

1 – Par-delà le bien et le mal. Prélude d’une philosophie de l’avenir – Friedrich Nietzsche – 1886
2 – Le Principe responsabilité : une éthique pour la civilisation technologique – Hans Jonas- 1979

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